

Un entretien avec Philippe Rodet, membre fondateur de la Commission nationale sur le stress de l’ANDRH. Le médecin spécialiste du stress réfute le postulat selon lequel une petite dose de stress crée de la performance. Il nous explique, au contraire, comment le stress engendre des pathologies néfastes pour les individus et pour la bonne marche de l’entreprise.
Vous tirez à l’heure actuelle la sonnette d’alarme car selon vous les salariés seront psychologiquement plus fragiles d’ici deux ou trois ans. Pourquoi ?
Il est vrai que ces dernières années le stress s’est
répandu dans nos sociétés contemporaines. Nous avons assisté à des
situations extrêmes, comme les suicides, au sein des entreprises. Nous
sommes à l’heure actuelle dans une zone rouge mais je tiens à vous
alerter que le nombre de dépressions et de suicides risque de
s’amplifier au sortir de la crise. Le phénomène est purement physique.
En période difficile, l’angoisse générée est paradoxalement
protectrice. Lorsque le sujet est moins inquiet, il baisse la garde et
devient alors psychologiquement plus faible. Lors de la crise de 1929,
le pic des suicides s’est situé en 1932.
Il faut donc s’y
préparer et anticiper les actions à mener. La prévention est devenue
par conséquent nécessaire pour enrayer les dérives pathologiques
inhérentes au stress et éviter une détérioration des relations sociales.
Pouvez-vous nous expliquer combien le stress est destructeur et quelle relation il entretient avec la performance ?
Une récente analyse d’Eric Gosselin, professeur de
psychologie du travail au Département de relations industrielles à
l’Université du Québec, chercheur à IRSP/GAP-Santé, remet en cause
l’effet bénéfique du stress sur la performance. Il se base sur 52
études, menées de 1980 à 2006, portant sur la relation entre le stress
et la performance, pour démontrer que plus le premier augmente plus il
annihile la seconde. Dans 10% des cas seulement, la performance
augmente avec un peu de stress mais chute dès lors qu’il y en a trop.
En résumé, le stress détruit les individus à tout point de vue, et dans
75% des cas, il tue la performance. Quant à son aspect destructeur, il
est souvent lié à l’accumulation de substances - neurotransmetteurs et
hormones - secrétées en cas de stress et non consommées par exemple par
l’activité physique. Si on subissait une source de stress par jour
associée à une consommation de neurotransmetteurs, celui-ci ne serait
pas toxique. Si l’on subit cinquante sources de stress par jour et que
l’on ne consomme pas les substances libérées, le stress est toxique.
Comment les professionnels des ressources humaines peuvent-ils intervenir pour prévenir les situations pathogènes ?
Il est important d’être à l’écoute des individus. Si
quelques remarques suffisent à déstructurer quelqu’un, une
communication adéquate peut aussi aider quelqu’un à traverser une
période difficile et à trouver la voie de la performance. Un sportif de
haut niveau a besoin du soutien de son entraineur pour réussir, un
salarié peut avoir autant besoin de l’aide de son manager.
Etre à l’écoute permet aussi de comprendre les difficultés que le cadre
subit et pourquoi il devient moins performant que d’ordinaire. Lui
montrer qu’on le comprend permet de le remobiliser. Si on ne le
comprend pas, on risquera de générer encore plus de stress sans le
vouloir et on sera contre productif.
Si un dirigeant a quelques clés simples mais efficaces de management,
il parviendra à motiver ses collaborateurs et la motivation est à la
fois source de performance et de santé.
La performance vient de l’implication, de l’engagement. Il suffit pour
s’en rendre compte de repenser aux propos d’Hérodote au sujet de
l’Athènes ancienne.
La santé vient du fait que la motivation, en générant du plaisir,
permet de diminuer la toxicité du stress. Il s’agit là du plaisir que
l’on éprouve quand on prend part à la réussite d’une cause qui nous
dépasse. Et d’une manière générale, le plaisir diminue le taux
d’hormones sécrétées en cas de stress de manière significative.
Parallèlement, il augmente la sécrétion d’endorphines, favorables au
bien-être, et d’hormones de croissance, bénéfiques à l’immunité.
L’amélioration de l’organisation du travail permet également d’allier
santé et performance. Et dans ces cas là, l’origine de la performance
est double car à la performance classique vient s’ajouter celle
inhérente à une bonne santé.
Oui, lorsque l’on protège la santé des gens on les rend plus
performants. Nous assistons à l’heure actuelle à l’appropriation de ce
concept.
Développer une vraie politique de reconnaissance au travail et
communiquer sur la stratégie d’entreprise ne coûte pas plus cher. Le
climat de confiance et d’appartenance induit permettra une implication
accrue des salariés, et donc plus de performance.
Un autre levier pour les professionnels RH : l’action.
Lorsque j’allais à Sarajevo, en pleine guerre, au loin, j’avais peur
quand j’entendais les obus tomber sur la ville, mais, une fois en
pleine action, je n’avais pratiquement plus peur. Lorsqu’il y a un
blessé, le fait de faire tenir la perfusion à la famille diminue
l’angoisse de celle-ci. Sur le plan des ressources humaines, combien de
collaborateurs s’améliorent quand on transforme leurs craintes par
rapport à eux-mêmes en actes destinées à comprendre l’autre ?
De façon générale, quand il y a une situation de crise, il est bon de se tourner vers l’Homme.
Si on revient à un parallèle avec la médecine d’urgence, pendant les
gardes au Samu, à la suite d’un drame je m’investissais dans un projet
humanitaire.
Quelles sont les actions que vous menez afin d’aider les DRH à lutter contre le stress en entreprise ?
A l’heure actuelle les DRH vivent une période
difficile. Ils doivent appliquer des règles sans pour autant être à
l’origine des décisions. Les DRH vont être un des piliers majeurs de
l’entreprise de demain car ce sont eux qui vont permettre de créer de
la performance au sein de l’entreprise. Les comités de direction
doivent être eux aussi sensibilisés à la problématique du stress dans
l’entreprise et appuyer les actions des responsables RH. L’ANDRH en a
bien conscience et au sein de sa Commission nationale sur le stress,
elle réfléchit à un prix CODIR du bien-être.
Car des entreprises qui allient performance et santé existent, elles
réussissent très bien. Il s’agit de faire en sorte que leurs principes
deviennent contagieux et que s’opère en quelque sorte une contagion
de... l’excellence !
Propos recueillis par Christel Lambolez
Le projet de loi sur "la rénovation de la démocratie sociale" et "la réforme du temps de travail" devrait être voté dans la nuit de mercredi à jeudi 24 juillet par le Parlement. Il entrera en vigueur avant la rentrée. Ce texte change les règles de la négociation collective sur deux points clés : la validation des accords et la représentativité des syndicats. Mais il fait surtout polémique parce qu'il permet aux entreprises de renégocier des accords remettant en cause les 35 heures, dix ans après la loi Aubry.
TEMPS DE TRAVAIL
- Heures supplémentaires : la durée légale
du temps de travail reste fixée à 35 heures par semaine (1 607 heures par an)
et plafonnée à 48 heures hebdomadaires. Mais le contingent d'heures
supplémentaires, aujourd'hui arrêté au niveau des branches, pourra désormais
être négocié au sein de chaque entreprise. Les heures supplémentaires
effectuées avec l'accord du salarié au-delà du contingent actuel (maximum 220
heures par an), dites "heures choisies", ne nécessiteront plus
d'autorisation de la part de l'inspection du travail.
- Repos compensateur : le caractère
automatique du repos compensateur pour les heures supplémentaires dépassant le
contingent annuel est supprimé. L'entreprise pourra fixer par accord les
conditions de son déclenchement. Au lieu d'un repos compensateur de trente
minutes ou d'une heure actuellement, la nouvelle "contrepartie
obligatoire en repos" sera négociable.
- Annualisation : l'annualisation du temps
de travail, qui permet de faire varier la durée hebdomadaire selon les pics
d'activité, devient la norme. Il n'y aura plus besoin de justifier dans
l'accord les raisons du recours à ce mécanisme.
- RTT : le régime du "forfait
jours" consiste à ne pas être payé des heures supplémentaires
effectuées les jours de présence dans l'entreprise, mais d'obtenir à la place
des jours de RTT. Ce régime, jusqu'ici réservé aux cadres et aux salariés
itinérants, sera étendu aux salariés dits "autonomes". L'employeur
pourra désormais demander individuellement à ses salariés de renoncer à des
jours de repos et de travailler jusqu'à 235 jours par an, voire davantage –
dans la limite de 282 jours – si un accord collectif l'autorise. A terme, les
cadres redoutent de devoir renoncer à tout ou partie de leurs RTT.
VIE SYNDICALE
- Représentativité : un syndicat devra
recueillir au moins 10 % des suffrages aux élections professionnelles pour
participer aux négociations dans une entreprise. Ce seuil est fixé à 8 % au niveau
d'une branche et au niveau national. Tout syndicat créé depuis 2 ans pourra
fonder une section dans une entreprise de plus de 50 salariés mais ne pourra
pas négocier, ni conclure d'accord avant d'obtenir au moins 10 % des voix.
- Validité des accords : sera valide tout accord conclu par un ou des
syndicats ayant recueilli au moins 30 % des suffrages, et en l'absence d'une
opposition des syndicats majoritaires. Dans les entreprises de moins de 200
salariés sans délégué syndical, l'employeur pourra négocier avec des élus du
personnel non-syndiqués.
- Transparence du financement : les
syndicats de salariés et d'employeurs dont les ressources dépassent "un
seuil fixé par décret sont tenus de désigner un commissaire aux comptes".
Les comptes doivent être certifiés et publiés, et les mises à disposition de
salariés clarifiées.
Le Monde.fr
Autres infos:
| En moyenne, un cadre travaille 47 heures par semaine, 2h30 de plus qu'en 1999. Malgré cette densification de l'activité induite par les 35 heures, 65 % des cadres se disent attachés à leurs RTT. |
Suffit-il de travailler plus pour gagner
plus ? Est-ce parce qu'ils ne se bougent pas assez que certains ne
décollent jamais du Smic ? Elsa Fayner, une journaliste de 30 ans, a voulu
expérimenter de l'intérieur les discours que l'on entend sur le monde du
travail. Début 2007, après avoir allégé son CV, elle a cherché du travail à
Lille, où elle a passé trois mois. Elle est devenue successivement
télévendeuse, serveuse à la cafétéria d'un grand magasin de meubles, femme de
ménage dans un hôtel de luxe.
Quand on cherche, on trouve, entend-on. Avez-vous
trouvé facilement ?
Oui, certains boulots sont tellement pénibles que
les gens abandonnent vite. Dans les call centers notamment. Le call center,
c'est le travail à la chaîne des temps modernes. Pire même, parce qu'au lieu
d'un contremaître, c'est un ordinateur qui surveille. Je vendais des
abonnements téléphoniques, il fallait passer 300 appels par jour, pour 100
conversations ! Les cadences étaient infernales, le management humiliant,
infantilisant. Nous étions écoutés en permanence. Ceux qui réalisaient de
bonnes ventes gagnaient des tickets à gratter et des pots de confiture !
Nous n'avions le droit d'aller aux toilettes qu'à certains moments. Quand
quelqu'un réalisait une vente, des mains apparaissaient sur l'écran et tout le
monde devait applaudir ! La fatigue mentale était terrible. À l'hôtel,
c'était plutôt la fatigue physique.
À l'hôtel, vous avez décroché un CDI ! Vous
n'étiez plus dans le travail précaire.
Si... Le travail précaire, c'est celui qui est
exercé en CDD, en intérim, mais aussi l'emploi stable que le salarié vit mal. A
l'hôtel le travail était pénible, les heures supplémentaires non rémunérées,
les perspectives d'évolution faibles, les pauses sautaient... Beaucoup
souffraient de ne pas avoir le temps de bien faire leur travail, ne
supportaient pas l'ambiance de suspicion. À travailler le soir, le week-end,
les temps de sociabilité sont inexistants, cela grignote mentalement.
Votre expérience la plus positive a été celle de
la cafétéria. Pourtant, elle avait aussi ses revers.
Oui, ils nous disaient que nous faisions partie
d'une grande famille, nous poussaient à être polyvalents, responsables,
autonomes... En fait, à la cafétéria, l'autonomie se borne à décider dans quel
ordre vous accomplissez vos tâches, est-ce que vous décongelez d'abord le
poulet ou les saucisses ? La polyvalence fait que l'on ne maîtrise pas
tous les postes, on passe sans gants de la caisse à la cuisine, on croit que
l'autre a accompli la tâche et il ne l'a pas faite... Et surtout l'état
d'esprit famille est assez incompatible avec le temps partiel et les emplois du
temps qui changent tous les quinze jours !
Qui sont les plus exposés au travail
précaire ?
Dans les services, j'ai rencontré beaucoup de
femmes. Mais en règle générale, ce sont les moins qualifiés. Les plus diplômés
rattrapent leurs ambitions, sortent de la précarité. Les autres risquent d'y
rester. Pour eux, peu de deuxièmes chances ! Une de mes ex-collègues n'en
peut plus de la télévente, mais à l'ANPE on lui répond « Vous ne savez
faire que ça ! » Elle n'a que 23 ans... À l'hôtel, une femme de
ménage aurait adoré redevenir caissière. Comme les caissières sont presque
toutes à temps partiel, cela revenait à diviser son salaire par deux !
Le travail est-il plus pénible aujourd'hui ?
La pénibilité a changé de nature. Les cadences de
l'industrie ont gagné les services, où la pénibilité est liée au rythme, au peu
de moments de répit, au stress accru, à la nécessité d'abandonner une tâche
pour une autre plus pressante... La répétition du même mouvement, accompli sous
tension, donne des résultats désastreux. Les troubles musculo-squelettiques,
(TMS) sont en constante augmentation.
Et les salariés seraient de plus en plus isolés.
Oui, cela vient de l'individualisation du temps
de travail, l'autonomie accrue... Il y a aussi une fracture entre ceux
du » dehors » les intérimaires, CDD, sous-traitants, et ceux du
« dedans » les salariés en CDI. Les premiers ne bénéficient pas des
avantages des seconds, mutuelles, repas à prix intéressants, comité
d'entreprise... Il y a un éclatement du collectif !
Alors, suffit-il de travailler plus pour gagner
plus ?
Beaucoup de salariés aimeraient travailler
davantage ! Mais comment concilier deux emplois à temps partiel, avec des
horaires changeants ? Certains cumulent quelques heures par-ci par-là,
pour toucher, au final, un salaire inférieur au Smic. Mais ce n'est pas un
problème de volonté. Je n'ai pas rencontré de gens qui ne se bougeaient pas.
Plutôt des gens qui venaient bosser, pour un salaire de misère, en disant
« Je ne vais pas passer mes journées à regarder le mur ! »
Florence PITARD.
Et pourtant je me suis levée tôt, Panama
Le contrat unique [d'insertion] est sur l'établi !", a lancé, mardi 27 mai, François Fillon, lors de la dernière journée du Grenelle de l'insertion, vaste processus de concertation décentralisé réunissant pour six mois employeurs, collectivités locales, partenaires sociaux et associations, autour de l'emploi et de l'exclusion.
Le contrat unique d'insertion est destiné à simplifier le maquis des "contrats aidés" (contrats de travail financés totalement ou partiellement par l'Etat) et à mieux prendre en compte les parcours et les besoins des bénéficiaires (chômeurs, Rmistes, jeunes sans qualification, ex-détenus, etc). Dans son rapport final, remis vendredi, les acteurs du Grenelle portait un jugement sévère sur tous ces contrats qui "au final, gouvernés par la quantité plus que la qualité, servent d'ajustement conjoncturel aux politiques de lutte contre le chômage".
"Une négociation avec les partenaires locaux – et notamment les conseils généraux – va s'engager immédiatement", a ajouté le premier ministre, pour qui il faut "donner de la souplesse aux acteurs locaux" en termes "d'horaires" et de "durée". Ce contrat, dont les modalités doivent encore être précisées, prévoirait des contreparties en termes de pérennisation de l'emploi ou de qualification.
UN RÉFÉRENT UNIQUE POUR LES PARCOURS D'INSERTION
Autre pierre angulaire de la réforme : faciliter la mise en place d'un référent unique pour les parcours d'insertion. "Nous ne devons plus traiter les demandeurs d'emploi de façon différente selon leur statut. Ce sera la position de l'Etat dans la négociation de la convention tripartite qui s'annonce", a déclaré le premier ministre.
Pour accompagner l'application de la "feuille de route" du Grenelle, François Fillon a reconnu la nécessité de "consolider" le financement de la politique d'insertion tout en insistant sur "l'utilisation correcte des moyens actuels". En clair, pas de crédits supplémentaires pour l'heure, alors que le revenu de solidarité active (RSA), dont le coût annuel est évalué à 1,5 milliard d'euros par l'exécutif, devrait être généralisé en 2009.
L'ensemble du projet, a enfin admis le premier ministre, restera un "vœu pieux" si les entreprises ne se mobilisent pas. Et le premier ministre d'avertir que "faute d'accord", le gouvernement "ne laissera pas cette question sans réponse". Les mesures du Grenelle nécessitant une transposition législative seront incluses dans le projet de loi portant sur la généralisation du RSA et réforme des politiques d'insertion. François Fillon a souhaité que le texte soit examiné en conseil des ministres "dans les meilleurs délais", pour un examen parlementaire à l'automne.